Le conseil Gris

Le conseil Gris

Summoned, I come
Convoqué, je suis arrivé

In Valen's name, I take the place that has been prepared for me.

Au nom de Valen, je prend la place qui a été préparé pour moi.

I am Grey.
Je suis Gris.

I stand between the candle and the star.
Je me tiens entre le cierge et l'étoile.

We are Grey.
Nous sommes gris.

We stand between the darkness and the light.
Nous nous tenons entre les ténèbres et la lumière.
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# Posté le vendredi 19 septembre 2008 09:06

Modifié le vendredi 19 septembre 2008 10:20

William Bake

William Bake




Dans un grain de sable voir un monde
Et dans chaque fleur des champs le Paradis,
Faire tenir l'infini dans la paume de la main
E
t l'Eternité dans une heure.



Insanité, masque du fourbe.
Pudeur, masque de l'orgueil.



Orgueil de paon, gloire de Dieu ;
L
ubricité du bouc, munificence de Dieu ;
Core du lion, sapience de Dieu ;
N
udité de la femme, travail de Dieu.




William Blake
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# Posté le mercredi 17 septembre 2008 17:27

Möbius

A nouveau ces rues, ces lieux... La sensation d'avoir toujours arpenté ces mêmes allées, de les connaître par c½ur et pourtant ! Où suis-je ?

Je me réveille en sueur dans mon lit, poisseux et fébrile, je regarde l'heure sur mon réveil électronique qui indique dans une désagréable et non moins coutumière couleur rouge, 5h12. A peine une heure avant qu'il ne se mette à sonner. J'hésite à me rendormir. Je ne me sens pas bien et je serai sûrement vaseux si je me rendors pour me lever si tôt après. Et puis tant pis, j'ai l'impression de ne pas avoir fermé l'½il de la nuit !

Je m'avance, sans trop savoir pourquoi, le long de la rue de la boucle, qui s'étend à perte de vue. Il y a quelques voitures garées ça et là sur les trottoirs bien assez larges pour que je puisse y circuler sans gêne. Tous les dix pas, des arbres au feuillage épais offrent, l'espace d'un instant, fraîcheur et pénombre, un vrai petit paradis ombragé pour ceux qui voudraient s'abriter du soleil. Mais à part moi, il n'y a pas âme qui vive. Ni voitures qui circulent, ni le bourdonnement de la circulation qu'on entend d'habitude dans les quartiers résidentiels bordés d'axes routiers conséquents, ni même les cris des enfants qui jouent sur les pelouses propres et soignées des maisons bourgeoises dont les grandes grilles en fer forgé sont closes tout le long des deux côtés de cette rue.

Biip Biip Biip ! Je tape machinalement sur ce fichu réveil. Chaque matin, je me dis que je devrais mettre la radio plutôt que l'alarme, mais je sais très bien que je ne l'entendrais pas ! Triste sort que d'être ainsi réveillé. Je me glisse hors du lit tant bien que mal. D'un pas mal assuré, je me traîne dans la salle de bain. J'allume la lumière qui achève de me réveiller brutalement. Qu'ai-je fait au ciel ? Je me regarde dans le miroir et je contemple mon reflet hagard et je me dis que je mépriserais n'importe qui avec cette tête et ce regard-là ! Je commence à faire couler la douche, espérant pouvoir profiter d'un peu d'eau chaude. Je me rase, sans crème de rasage, en frottant le rasoir contre ma peau abîmée par ce traitement. Puis je rentre dans la douche, froide. La lumière n'avait pas fini en fin de compte.

J'avance toujours, allant sans doute vers une destination que j'ai dû oublier depuis. Je m'en souviendrai bien assez tôt. Le soleil brille dans un ciel dégagé ou de petits nuages blancs aux formes variées défilent sans cesse, se cognant parfois et se mêlant ou se détachant les uns des autres. Je croise une Mercedes où je distingue sur le pare-brise, un petit autocollant noir sur fond rouge où l'on peut lire : « Fumer, boire, conduire et vivre tue ! ». On a connu plus encourageant comme slogan.

Je porte les mêmes vêtements qu'hier, excepté mes sous-vêtements, et je compte sur l'absence totale de considération des gens qui m'entourent pour ne rien remarquer de cette pratique, sinon dégoûtante, au moins dénuée de classe. Je sers du café coulé hier dans une tasse, y ajoute un sucre et le passe au micro-onde. Je me tâte pour regarder la télé. A cette heure, il n'y a que des infos ou des dessins animés stupides et ça va me mettre en retard. J'avale mon café presque bouillant dont le sucre n'a pas réussis a camouflé correctement l'infâme goût qu'il avait déjà hier. Je me brosse succinctement les dents et étale un après rasage corrosif sur ma peau irritée. Pour une fois, je suis à l'heure.

Le soleil décline rapidement sur l'horizon. Le ciel perd son bleu pour décliner sur des teintes plus chaudes de rose et d'orange tandis que les nuages sont devenus des flammes célestes semblant pouvoir tout consumer. L'air change peu à peu lui aussi, gagnant dans les rayons du couchant une sorte de matière, de texture spectrale. J'avance au milieu d'une infinité de grains immatériels qui altèrent tout ce qu'ils touchent mais sans rien changer. Les rues devraient être remplies des gens qui rentrent chez eux après le travail et je ne croise toujours personne. Seuls mes pas raisonnent à mes oreilles.

Assis devant mon bureau, je regarde une pile de papiers que je sais être un mélange de bons de commande à classer, de lettres de contestation pour des motifs tous plus stupides les uns que les autres, d'annulations envoyées après la livraison... plus quelques documents sortis d'on ne sait où qui ne me sont pas destinés et dont je ne sais pas quoi faire ! Je revérifie que je n'ai pas reçu de courriel. Toujours rien... j'ai l'habitude. Je regarde l'heure et réfléchis : il me faudra sans doute une demi-heure pour classer la pile, je pars manger dans une heure. La marge ne me semble pas acceptable, je le ferai peut être plus tard. Mais en attendant, je ne sais pas quoi faire. Je vais aller chercher un café à la machine, le seul au monde capable d'être aussi immonde que celui que je prépare.

Sans raison particulière, je hâte le pas. Les arbres forment sur le sol de grandes ombres qui n'ont plus rien d'accueillant. Douloureusement torturées, elles sont contraintes de rester figées dans d'ignobles poses qui m'inspirent un profond malaise. La peur me saisit au ventre. Sortie de nulle part, elle me dévore les entrailles. J'aimerais fuir et j'avance sans fin. Ma respiration s'accélère et un point de côté commence à me tirailler. Pas de panique, je dois bientôt être arrivé.

Je sors du travail aussi léthargique que j'y suis entré. Un collègue me klaxonne avec sa nouvelle voiture et me fait un signe de la main tandis qu'il marmonne un « à demain le tombeur ». C'est vrai que j'ai un rendez vous ce soir. J'allais oublier que c'était aujourd'hui ! Je rejoins l'arrêt du bus ou d'autres salariés que je connais de vue pour certains, attendent comme un troupeau de veau prêt à partir à l'abattoir. Un bus arrive, ce n'est pas le mien, il est déjà rempli mais ceux qui montent font le nécessaire pour rentrer. Voilà mon bus qui se présente juste après et je fais un signe au conducteur de l'engin qui fait une grimace en m'apercevant. Je me fourre tout au fond et regarde les quelques passagers aux regards vides et aux visages fatigués. Un vrai musée des horreurs. Je ferme les yeux et me laisse porter, secoué de temps à autre par les virages mal négociés du chauffeur.

Le soleil disparaît derrière le clocher d'une église au lointain. Je remarque soudain que le silence de la journée est comblé par un murmure qui enfle. On dirait le vent, mais il n'y a pas même un souffle. Le ciel, tout de pourpre vêtu, glissant inexorablement dans l'obscurité, ne dispense presque plus de lumière et j'espère avec angoisse que l'éclairage public va s'enclencher. Je n'aperçois toujours pas la fin de cette rue ni de croisement et toujours personne aux alentours. Ca n'est pas possible, où sont passés tous les gens ? J'essaie d'ouvrir un portail, mais il est fermé et mes tentatives de le forcer s'avèrent amèrement décevantes. Je suis à bout de nerfs. Je cours vers la voiture la plus proche mais elle reste hermétiquement close même après que je l'aie violentée. Je cherche une pierre ou quoi que ce soit qui pourrait briser une vitre. Je ne trouve que de petits cailloux blancs qui rebondissent avec un bruit sourd contre la portière passagère.

Arrivé devant ma porte, je fais demi-tour pour récupérer le courrier dans la boîte aux lettres. Je prends le petit tas sans même y jeter un coup d'½il. Je traite toute la journée de la paperasse, ce n'est pas pour recommencer chez moi avec quelques factures ou des publicités assorties de réduction sur la lessive ou le pâté. Je jette distraitement mon sac sur le canapé pour foncer dans la salle de bain. Je me frotte le visage énergiquement avec un peu d'eau gelée. Je change de chemise, préférant pour l'occasion une noire sobre et sans trop de fioritures, assortie d'une veste noire. J'hésite à me laver les dents mais préfère un chewing-gum mentholé et je repars aussitôt vers le lieu du rendez vous.

Le murmure gagne en force et devient une sorte de battement lourd et régulier me laissant présager avec certitude que quelque chose d'énorme s'approche inexorablement. Tous mes sens sont en alertes et je repars à toute allure. Je cours sans plus m'arrêter pendant de longues minutes. Bientôt je ne vois plus à deux mètres devant moi et me résout à stopper de nouveau ma course. Je reprends mon souffle et cherche quelque part une source de lumière, une présence de vie dans les maisons, les éclairages de la ville, les phares d'une voiture roulant dans les parages, n'importe quoi. Mais à chaque seconde qui passe, l'obscurité se fait plus dense. Et il n'y a rien. Je ne vois plus qu'à peine mes mains. Je me colle au mur pour garder un repère physique. Sous mes doigts la pierre est froide et humide. L'idée me vient de l'escalader. Je cherche des prises pour m'accrocher mais la surface est bien trop lisse.

La soirée est vite passée, et pour cause, j'ai tout raté. Je lui ai dit qu'elle a l'air en forme, elle répond qu'elle est morte de fatigue. Je complimente ses cheveux, elle dit qu'elle veut changer de coupe... J'ai voulu la faire rire, je voulais la séduire. Je voulais qu'elle voit qui je suis, ce que je peux être vraiment. Je voulais... Mais peut-être a-t-elle vu ! Encore une soirée qui s'achève et je suis seul chez moi. J'allume la télé pour m'abrutir devant un divertissement puéril ou un pauvre éducateur sans envergure tente de redresser le cas d'ados « désespérés ». Je suis allongé dans le canapé et je sens que ma conscience s'embrume.

Le bruit semble tout proche de moi et je me sens défaillir. La fatigue et l'angoisse me pèsent et dans un dernier recours de lucidité je hurle au secours, espérant sans trop y croire qu'on vienne à mon aide. Je hurle avec la force du désespoir. La peur m'étreint et me glace le sang. La chose est là, dans un vacarme furieux et perdu dans la nuit je...

J'ouvre les yeux. La télé est allumée. J'éteins tout et je vais me coucher. J'enclenche mécaniquement le réveil sur le mode alarme. Le sommeil revient immédiatement et une pensée fugitive m'étreint avant de sombrer. Encore ce rêve étrange ! A nouveau ces rues, ces lieux... La sensation d'avoir toujours arpenté ces mêmes allées, de les connaître par c½ur et pourtant ! Où suis-je ?
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# Posté le samedi 07 juin 2008 09:47

2eme opening de Bleach : D-tecnolife par Uverworld (jap)

Ienai itami kanashimi de kizutsuita kimi yo
Kesenai kako mo seoi atte ikou
Ikiru koto wo nage dasanai de

Tsunaida kimi no te wo
Itsuka ushinatte shimau no kana
Usurete iku egao to kimi wo mamoritai kara
Hibiku boku wo yobu koe sae kare
Toki ni sou kaze ni kaki kesaretatte
K
imi wo mitsuke dasu

Ienai itami kanashimi de kizutsuita kimi
Mou waraenai nante hito girai nante
Kotoba sou iwanai de
Mienai mirai ni okoru koto subete ni imi ga aru kara
Ima wa sono mama de ii
Kitto kizukeru toki ga kuru daro

You and Me , two are spoken
I
tsuka wakariaeru kara


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# Posté le dimanche 27 mai 2007 09:06

Modifié le dimanche 27 mai 2007 09:24

Le corbeau - Edgar Allan POE

Le corbeau   -  Edgar Allan POE
Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais,
faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume
d'une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête,
presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de
quelqu'un frappant doucement, frappant à la porte de ma
chambre. «C'est quelque visiteur, - murmurai-je, -
qui frappe à la porte de ma chambre;
ce n'est que cela et rien de plus.»


Ah! Distinctement je me souviens que c'était dans le glacial
décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du
reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin;
en vain m'étais-je efforcé de tirer de mes livres
un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore
perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges
nomment Lénore, - et qu'ici on ne nommera jamais plus.


Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux
pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs
fantastiques, inconnues pour moi jusqu'à ce jour;
si bien qu'enfin pour apaiser le battement de mon coeur,
je me dressai, répétant: «C'est quelque visiteur attardé
sollicitant l'entrée à la porte de ma chambre;
- c'est cela même, et rien de plus.»


Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N'hésitant donc
pas plus longtemps: «Monsieur, dis-je, ou madame, en
vérité, j'implore votre pardon; mais le fait est que je
sommeillais et vous êtes venu frapper si doucement, si
faiblement vous êtes venu frapper à la porte
de ma chambre, qu'à peine étais-je certain
de vous avoir entendu.» Et alors j'ouvris
la porte toute grande; - les ténèbres, et rien de plus.


Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps
plein d'étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves
qu'aucun mortel n'a jamais osé rêver; mais le silence ne fut
pas troublé, et l'immobilité ne donna aucun signe, et le seul
mot proféré fut un nom chuchoté: «Lénore!» - C'était moi
qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot:
«Lénore!» Purement cela, et rien de plus.


Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon
âme incendiée, j'entendis bientôt un coup un peu plus fort
que le premier. «Sûrement, - dis-je, - sûrement,
il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre;
voyons donc ce que c'est, et explorons ce mystère.
Laissons mon coeur se calmer un
instant, et explorons ce mystère;
- c'est le vent, et rien de plus.»


Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement
d'ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens
jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s'arrêta pas,
il n'hésita pas une minute; mais avec la mine d'un lord
ou d'une lady, il se percha au-dessus de la porte
de ma chambre; il se percha sur un buste de Pallas
juste au-dessus de la porte de ma chambre;
- il se percha, s'installa, et rien de plus.


Alors, cet oiseau d'ébène, par la gravité de son maintien et
la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste
imagination à sourire: «Bien que ta tête, - lui dis-je, -
soit sans huppe et sans cimier, tu n'es certes
pas un poltron, lugubre et ancien corbeau,
voyageur parti des rivages de la nuit.
Dis-moi quel est ton nom seigneurial
aux rivages de la nuit plutonienne!»
Le corbeau dit: «Jamais plus!»


Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si
facilement la parole, bien que sa réponse n'eût pas une bien
grand sens et ne me fût pas d'un grand secours; car nous
devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme
vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte
de sa chambre, un oiseau ou une bête sur un buste
sculpté au-dessus de la porte de sa chambre,
se nommant d'un nom tel que - Jamais plus!


Mais le corbeau, perché solitairement sur le buste placide,
ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique
il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus;
il ne remua pas une plume, - jusqu'à ce que je me prisse
à murmurer faiblement: «D'autres amis se sont déjà envolés
loin de moi; vers le matin, lui aussi, il me quittera
comme mes anciennes espérances déjà envolées.»
L'oiseau dit alors: «Jamais plus!»


Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec
tant d'à-propos: Sans doute, - dis-je, - ce qu'il
prononce est tout son bagage de savoir, qu'il a pris
chez quelque maître infortuné que le Malheur
impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit,
jusqu'à ce que ses chansons n'eussent plus qu'un
seul refrain, jusqu'à ce que le De profundis de son
Espérance eût pris ce mélancolique refrain:
«Jamais - jamais plus!»


Mais le corbeau induisant encore toute ma
triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège
à coussins en face de l'oiseau et du buste et de la
porte; alors, m'enfonçant dans le velours, je
m'appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant
ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que
ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural
oiseau des anciens jours voulait faire entendre en
croassant son - Jamais plus!


Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais
n'adressant plus une syllabe à l'oiseau, dont les
yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu'au fond
du coeur: je cherchai à deviner cela, et plus encore,
ma tête reposant à l'aise sur le velours du coussin
que caressait la lumière de la lampe, ce velours
violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête,
à Elle, ne pressera plus, - ah! Jamais plus!


Alors, il me sembla que l'air s'épaississait, parfumé par
un encensoir invisible que balançaient les séraphins
dont les pas frôlaient le tapis de ma chambre.
«Infortuné! - m'écriai-je, - ton Dieu t'a donné par ses
anges, il t'a envoyé du répit, du répit et du népenthès
dans tes ressouvenirs de Lénore! Bois, oh! Bois ce
bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue!» Le
corbeau dit: «Jamais plus!»



«Prophète! - dis-je, - être de malheur! Oiseau ou démon!
Mais toujours prophète! Que tu sois un envoyé du
Tentateur, ou que la tempête t'ait simplement échoué,
naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte,
ensorcelée, dans ce logis par l'Horreur hanté, - dis-moi
sincèrement, je t'en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un
baume de Judée? Dis, dis, je t'en supplie!» Le corbeau
dit: «Jamais plus!»


«Prophète! - dis-je, - être de malheur! Oiseau ou démon!
Toujours prophète! par ce ciel tendu sur nos têtes, par
ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme
chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle
pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment
Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que
les anges nomment Lénore.» Le corbeau dit: «Jamais
plus!»


«Que cette parole soit le signal de notre séparation,
oiseau ou démon! - hurlai-je en me redressant. - Rentre
dans la tempête, retourne au rivage de la nuit plutonienne;
ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir
du mensonge que ton âme a proféré; laisse ma solitude
inviolée; quitte ce buste au-dessus de ma porte; arrache
ton bec de mon coeur et précipite ton spectre loin de ma
porte!» Le corbeau dit: «Jamais plus!»


Et le corbeau, immuable, est toujours installé sur le buste
pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre;
et ses yeux ont toute la semblance des yeux d'un démon
qui rêve; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui,
projette son ombre sur le plancher; et mon âme, hors du
cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne
pourra plus s'élever, - jamais plus!


traduit par: Charles Baudelaire
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# Posté le jeudi 10 mai 2007 11:13

Modifié le jeudi 10 mai 2007 19:33